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NB : Il y aurait tant de choses à dire sur New York. Seuls quelques aspects très subjectifs et lapidaires ont été retenus ici.
Tout devient possible
On ne vient pas s’installer à New York pour être au chômage ou se la couler douce. Summum du mode de vie urbain, de l’avant-garde en tout genre comme du capitalisme le plus ravageur, l’ex-Nouvelle Amsterdam donne à certains l’impression d’être au centre du monde, là où ça se passe. Que vous soyez barman ou trader, il faut faire du chiffre, déjà parce que la ville est extrêmement chère, et ensuite parce que si vous voulez vivre chichement, autant squatter avec les hippies à San Francisco ou carrément résider en France et survivre au crochet de l’Etat.
Pauvre tip
Le cas des pourboires est d’ailleurs édifiant, surtout pour les Français, qui n’y comprennent rien. Aux Etats-Unis, le système est parfaitement machiavélique : les serveurs sont payés quelques dollars de l’heure, et ce salaire à lui seul ne leur permettrait absolument pas de payer leur loyer et les sept prêts qu’ils ont sur le dos. Pour compléter leur salaire, ils touchent donc un “tip”, dont le montant se situe entre 15 et 20% de l’addition (au final, c’est plutôt la salaire fixe qui complète les pourboires…). On ne le donne pas uniquement si on a été content du service : il est o-bli-ga-toire. Ou plutôt, il est inconcevable de ne pas verser de tip. Seuls les Français en sont capables, feignant de ne pas connaître le système, ou s’en indignant, et étant détestés pour cela.
Cela peut valoir de sortir sa calculette à chaque fois que l’on prend un café, mais on finit par s’y habituer. On a peur de ne pas donner assez, alors on donne plus, on donne trop (pour tenter de sauver la réputation des Français), surtout que la formule “entre 15 et 20% de l’addition” tombe rarement sur une somme dont on a l’appoint exact en poche. Mais l’employeur qui a inventé ce phénomène est un génie de l’exploitation salariale : grâce au tip, ce n’est plus le patron qui paie l’employé, mais le client. Et l’employeur empoche quoi qu’il arrive le prix des consommations.
Si ves algo, di algo
Toujours sur le plan économique, les Etats-Unis et New York en particulier sont plus considérés par leur administration comme un terrain de jeu pour ses habitants que comme un lieu d’intégration. Le bilinguisme (anglais-espagnol) croissant des annonces officielles et des publicités, en particulier dans le métro, en est la manifestation. On pourrait a priori trouver ce phénomène positif, se dire que c’est se mettre au niveau des populations immigrantes hispanophones, rendre clair le message auprès de ceux qui ne parlent pas (encore ?) anglais.
Peut-être.
Mais surtout, c’est une façon de confiner les immigrés latinos dans leur statut d’étrangers. Déjà, ce n’est pas en lisant des messages en espagnol qu’ils vont apprendre l’anglais. Ce n’est donc pas vraiment leur rendre service, ou alors seulement à court terme. Ensuite, c’est un peu comme si on leur disait “D’accord, vous ne parlez pas la langue du pays, mais vous pouvez quand même y vivre et y faire du commerce” sans aucun souci d’intégration de la part des autorités. C’est ici le pays qui s’adapte à ses habitants, et non l’inverse. On permet aux non-anglophones de l’utiliser, avec ses ressources, son potentiel, mais c’est tout. C’est une Terre promise, et pas beaucoup plus. Car il n’y a pas de volonté de l’Etat d’engendrer le mélange des communautés, ou de faire en sorte que les personnes vivant sur le sol américain aient un minimum en commun, à commencer par la langue. Chacun est autorisé à venir tenter sa chance, mais on ne fera rien pour le sortir de sa bulle linguistique et culturelle. L’administration considère donc l’immigration sous son angle presque exclusivement économique : les Etats-Unis deviennent une juxtaposition de communautés qui triment pour gagner leur vie, et c’est la seule chose qui les rassemble.
Une revanche sur Marco Polo
Les lignes qui délimitent cette juxtaposition, ce patchwork, ne sont pas fixes mais évoluent dans le temps. C’est ainsi que le dragon Chinatown dévore lentement mais sûrement Little Italy, réduite à quelques portions de rue vidées de leur authenticité. Il faut sans cesse redessiner la carte des endroits dédiés à chaque communauté, au risque de se retrouver devant un plat de riz cantonnais alors qu’on désirait déguster un minestrone. New York, miroir du monde ?
Hey, white boy, what you doin’ uptown?
Marcher dans les rues de The Big Apple crée une confrontation permanente avec des éléments géographiques que vous connaissez ou croyez connaître. Car nombreux sont les musiciens que vous avez écoutés et qui ont évoqué la ville de façon précise dans leurs paroles, que ce soit l’ancienne génération (The Velvet Underground, Simon & Garfunkel…) ou la nouvelle (Youngblood Brass Band, Vampire Weekend…). Vous aviez ainsi en tête une topographie musicale et parcellaire de New York, qui incluait Lexington, Bleecker Street ou le bus M79. Sentiment assez étrange que celui de se rendre sur place, de valider l’imaginaire par du réel (comme on pourrait composter un billet de train en le faisant passer d’un statut potentiel à un autre définitif, irréversible), pour finalement se dire “Ah, ça ressemble donc à ça”, sans être particulièrement déçu ni agréablement surpris. Vous êtes simplement là, où ça se passe.





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