Finlande

(Voyage réalisé du 11 au 20 août 2010)

Vous trouverez une sélection de photos ici.

Une victoire au Finnish

De la Finlande, que connaissiez-vous ? Alvar Aalto ? Aki Kaurismäki ? Mika Häkkinen ? Il faut l’avouer, pas grand chose. Ce pays résonnait moins que le Brésil ou l’Australie, pourtant bien plus lointains. Alors, discrète, la Finlande ? Déjà, elle a longtemps vécu sous la coupe de la Suède, puis de la Russie. Mais cela ne signifie pas qu’il n’existe pas d’identité finlandaise. Au contraire, elle est un mélange de ces influences scandinaves, slaves, et de sa propre culture, si unique. La preuve : le finnois n’a vraiment rien à voir avec quoi que ce soit de connu pour vous. Il se rapproche du hongrois par sa structure, mais cela n’est pas d’un grand secours. Et vous bénissez le jour où le bilinguisme officiel finnois-suédois a été instauré dans le pays, car la langue d’Alfred Nobel devient le temps de ce voyage votre meilleure amie. Vous lui trouvez des points communs avec l’anglais, l’allemand et le danois, ce qui vous permet de vous raccrocher aux branches.

Plaque bilingue à Helsinki

Car le Finlandais est assez facétieux. Par exemple, Helsinki est peut-être l’une des seules villes au monde où le Sénat ne se trouve pas sur la place du Sénat. Centre touristique de la ville, elle abrite cathédrale, université, bibliothèque, palais du gouvernement, mais pas de trace de Sénat. Sûrement une farce d’un esprit du lieu…

La cathédrale d'Helsinki

Le finnois restera donc impénétrable pour vous. Ce n’est qu’au bout de trois jours, grâce à une œuvre du musée d’art contemporain Kiasma, que vous découvrez que “non” se dit “ei”. Et au bout de cinq jours, vous oserez votre premier “kiitos” (“merci”). Temps incomparablement longs par rapport au Brésil voire au Japon, dont vous ne connaissiez pas non plus les langues.

Une œuvre du musée d'art contemporain Kiasma (Helsinki)

Bloc contre bloc

En Finlande, la grande affaire, c’est le romantisme national. On vous vend ça comme une sorte d’Art Nouveau, mais lorsque vous découvrez les premiers édifices estampillés “romantisme national”, vous vous demandez si vous êtes au bon endroit, puis comprenez qu’il ne fallait pas vous attendre à de la finesse. Car ce style est avant tout massif. Ses constructions évoquent du néogothique qui aurait trouvé son salut dans le bloc de granit, le tout tendant vers du Walt Disney un peu triste.

La cathédrale de Tampere

D’ailleurs, pour qui est charmé par l’élégance lumineuse des façades d’églises baroques mais se sent oppressé par le déluge d’angelots dorés qui pullulent en leur intérieur lugubre, la Finlande apporte le complément : des extérieurs d’aspect parfois boursouflé, si ce n’est laid, ou simplement insignifiant, mais dès qu’on a poussé le portail, c’est la grâce qui prévaut. Qu’il soit question de dépouillement luthérien ou d’ornementations Jugendstil, le pays est l’un des rares où les églises sont plus belles à l’intérieur qu’à l’extérieur. Rien à voir avec le Brésil, donc. Il en est ainsi pour la Mikaelinkirkko de Turku, par exemple, où nef et chœur sont des modèles de subtilité décorative, tandis que l’édifice ressemble vaguement à un château fort en briques.

Ornementation à l'intérieur de la Mikaelinkirkko à Turku

Déjà vu

Dieu soit loué, il n’y a pas que des églises à visiter en Finlande. Un petit dépliant de l’office du tourisme d’Helsinki vous convainc de vous rendre dans le quartier de Katajanokka. Là, c’est l’explosion. Sur une dizaine de rues qui s’entrecroisent, d’innombrables constructions surplombent fièrement l’asphalte, avec pour chacune un seul but en tête : être la plus belle du pâté de maisons. Le quartier partage avec Santa Teresa à Rio l’exubérance des couleurs et des formes, l’insolente liberté créatrice. Dans votre grande entreprise cannibale, vous tentez d’absorber le plus possible de cet endroit préservé. Si ce n’est pas la façade, c’est la corniche, et si ce n’est pas la corniche, c’est la poignée de porte. Ours, hiboux, vikings et araignées surgissent de tous les côtés, tandis que des créatures imaginaires réclament aussi leur part du gâteau. Il faut tout passer en revue pour ne pas perdre une miette de ce festin, régal pour le regard.

Façade à Katajanokka

Ici et là, vous croiserez d’autres délicieux édifices, comme celui coiffé d’une coupole rouge, sur Tehtaankatu. Parfois, un immeuble de toute beauté sera entouré de bâtiments quelconques. Si les villes finlandaises ne sont pas forcément belles dans leur ensemble (il faut savoir où regarder) et que tant de groupes de métal satanique existent dans le pays, c’est précisément parce que le diable se cache dans les détails.

Schalinin Talo, Tehtaankatu 9

Et que naisse, puis disparaisse

Dans le sud-ouest du pays, la population suédophone est souvent majoritaire. C’est le cas à Ekenäs, dont le nom en finnois est Tammisaari. Vous le constatez, ces noms n’ont pas grand chose à voir l’un avec l’autre, sauf qu’ils signifient tous les deux île ou péninsule du chêne.

Vous n’avez pas trouvé énormément de possibilités d’hébergement à Ekenäs et avez donc réservé deux nuits dans un “cottage” situé dans un camping. Il s’agit d’une petite maison en bois sans eau ni toilettes. Mais vous avez l’électricité, un réchaud et un frigo. N’ayant pas tellement pratiqué le camping dans votre pays ou ailleurs, c’est l’occasion pour vous de découvrir et expérimenter ce mode de vie. Tous les pensionnaires semblent y avoir leur place, leurs habitudes. Quand vous y débarquez, le premier soir, on vous regarde d’un œil suspect. Et quand vous quittez l’endroit, vous vous imaginez, dans un accès de paranoïa, que tout le monde se réjouit de votre départ : vous étiez un intrus. Difficile de s’insérer dans un processus où plusieurs semaines semblent nécessaires pour en prendre réellement la mesure. Vous n’aurez été qu’un touriste filant dans cette constellation de camping-cars. Et personne ne vous aura invité à boire une bière torse nu au son d’une musique dance crachée par des haut-parleurs de voiture.

La mer Baltique à Ekenäs

Vous avez tout de même passé au moins deux bons moments. Le premier soir, vous avez dîné au restaurant Bossa Nova. Du nom du lieu qui vous rappelle des périples passés (mais que vous interprétez plutôt comme le fait que les clients viennent et repartent en bateau, causant sans cesse de nouvelles vagues) jusqu’à la musique diffusée (Beatles, Simon & Garfunkel), tout était fait pour vous plaire, et vous vous êtes d’ailleurs un peu cru dans The Truman Show. De la paranoïa, sans doute, encore. Le deuxième soir, vous vous êtes baigné au soleil couchant dans la Baltique, qui a la particularité d’être très peu salée, rendant le tout très agréable. Vous étiez seul dans l’eau, ne redoutant cette fois aucune conspiration.

Dans la vieille ville d'Ekenäs

A quelques dizaines de minutes de marche du camping, la vieille ville d’Ekenäs est charmante et pousse très loin l’art de décorer son rebord de fenêtre, afin que les promeneurs aient l’impression de passer devant un foyer harmonieux, situé dans un village harmonieux, le tout au sein d’un pays lui-même harmonieux. A cet effet, la symétrie est très prisée (exemples 1, 2 et 3). Un cousinage avec le fameux hygge danois ?

Ex-esclave slave

La Finlande a été sous domination russe de 1809 à 1917 et en porte les traces aujourd’hui encore : on ne se sent pas à 100% dans un pays nordique de l’Europe de l’Ouest. Un des signes les plus apparents de cette emprise passée est la présence d’églises orthodoxes à l’architecture à bulbes si caractéristique. A moins d’habiter à Nice ou entre l’Arc de Triomphe et le Parc Monceau, il n’est pas très habituel pour un Français de croiser ce genre d’édifices. Les voir se déployer majestueusement sur la ville donne l’impression d’être très proche de Moscou ou Saint-Pétersbourg.

L'église orthodoxe de Hanko

Après avoir admiré la cathédrale Ouspenski d’Helsinki, vous décidez de prolonger cette ambiance en allant manger dans un restaurant russe à quelques pas de l’église. A l’intérieur, musique traditionnelle, alphabet cyrillique, décoration bien choisie pour vous transporter. Vous vous y croyez vraiment : la Finlande, si on s’y prend bien, c’est deux voyages pour le prix d’un.

La cathédrale orthodoxe Ouspenski à Helsinki

Ainsi, il suffit de parcourir les quelques stations de train qui séparent Ekenäs de Hanko (Hangö en suédois) pour se retrouver dans une ambiance de villégiature russe du début du XXe siècle. Cité la plus méridionale du pays, c’est elle que l’aristocratie de l’Empire du tsar avait choisie pour passer les beaux jours. Tout y est : casino, cabines de plage, et même un manège aquatique. Pour peu, on se croirait à Deauville. Mais les anciennes demeures en bois sont là pour vous rappeler que vous êtes bel et bien au bord de la Baltique.

Villa à Hanko

En outre, Hanko dispose d’un château d’eau (à l’apparence étonnante) qui pourrait très bien être une fusée soviétique ayant élu domicile sur une colline de la ville. Par ailleurs, tout au long de votre périple, vous ne visiterez pas un musée sans qu’un artiste russe n’ait droit à son accrochage ou que ne soient détaillés les liens culturels entre Finlande et Russie. Et c’est sans parler du comportement face à l’alcool, qui lui aussi présente une certaine parenté.

Le château d'eau de Hanko

Kultur, tout court

Ancienne capitale de la Finlande, Turku n’est aujourd’hui pas en reste puisqu’elle sera capitale européenne de la culture en 2011. C’est une ville universitaire qu’il est agréable de parcourir, de jour comme de nuit.

Turku, capitale européenne de la culture en 2011

Située au fond d’un estuaire, Turku est traversée par le fleuve Aurajoki. Colonne vertébrale de la ville le long de laquelle s’organisent monuments, commerces et autres bateaux-restaurants, c’est un plaisir renouvelé d’en suivre les quais. On y trouvera d’intrigantes sculptures, une fontaine en forme de queue de poisson, ainsi que de beaux navires conservés, mouillant à proximité du Forum Marinum, le musée maritime de Turku.

Sur le pont du voilier Suomen Joutsen (Turku)

Turku se distingue par ses musées, tel celui de l’artisanat en plein air (Luostarinmäen käsityölaismuseo). Les enseignes (botte de sept lieues, montre à la Alice au pays des merveilles, bretzel géant…) des différents métiers y sont visuellement très réussies. Mais vous ne savez pas bien comment réagir face à ces artisans installés dans les ateliers (d’aucuns prétendent que certains sont simplement des étudiants costumés), faisant de la simple présence ou parfois affairés sur leur rabot ou métier à tisser. L’une d’entre elles, perçant chez vous une pointe d’incertitude voire d’incrédulité, vous dit que vous pouvez poser des questions. Mais aucune question ne vous vient à l’esprit si ce n’est “Alors comme ça, vous êtes savetière ?”. Vous la remerciez donc et marchez vers l’atelier suivant.

Le fleuve Aurajoki à Turku

Autre musée, moins embarrassant cette fois : celui consacré à Sibelius, compositeur finlandais par excellence. Après une salle dédiée aux instruments du monde, la vie et l’œuvre du musicien sont abordées. On apprend qu’il s’appelait Janne à l’origine, mais la France étant à la mode, et admirant son oncle qui avait changé son prénom en Jean, il fit de même. De nombreux extraits sonores sont en écoute, vous donnant envie de vous plonger dans les pièces symphoniques de ce compositeur amateur de cigares et d’oies sauvages.

Une des pièces du musée Sibelius à Turku

Turku est enfin très efficace pour transformer en bars des lieux dont l’utilisation originelle était quelque peu différente. C’est ainsi que vous avez dégusté de la perche au sésame dans une ancienne école, bu une pression finlandaise dans ce qui était un temps une pharmacie, et une autre dans une banque changée en pub.

The Old Bank, bar de Turku

Tampere tes ardeurs

Construite entre deux lacs et profitant de l’énergie hydroélectrique fournie par les rapides qui relient l’un à l’autre, Tampere est une ville industrielle qui s’est développée depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’à devenir la deuxième agglomération du pays.

Un de vos premiers contacts avec la ville est la visite de la “vieille église” (vanha kirkko), sur la place centrale. L’intérieur est encore une fois élégant, dans un style relativement sobre fait de bleu et d’or. Trois musiciens répètent une pièce pour voix, orgue et trompette, qui vous séduit au premier abord. L’atmosphère est propice au recueillement et vous bénissez le ciel de vous avoir envoyé ce trio. Mais à force d’entendre toujours le même passage, il devient de plus en plus irritant. Comme vous avez pris les photographies voulues, vous ressortez à l’air libre.

Le clocher de la vieille église de Tampere

Tampere possède également son église orthodoxe, ainsi qu’un lieu de culte ultramoderne : l’église de Kaleva, achevée en 1966. On l’aborde de loin en pensant avoir repéré un grand hôtel. Mais une fois dedans, on perçoit bel et bien l’ambiance religieuse, toujours dans un style dépouillé : bancs en pin finlandais, orgue, plan général en forme de poisson.

Le plafond en forme de poisson de l'église de Kaleva à Tampere

En tant que cité industrielle et ouvrière, Tampere détient son lot d’anciennes usines reconverties en lieux de culture ou de détente. Outre la ville dans la ville Finlayson avec son cinéma, ses restaurants, son musée du textile présentant de très belles pièces, le quartier-musée d’Amuri est une réussite. Nommé en référence à la province sibérienne (et au fleuve) Amour où des migrants finlandais avaient établi une colonie, l’endroit présente l’évolution de l’habitat ouvrier entre 1882 et 1973.

Dans une des pièces du quartier-musée d'Amuri (Tampere)

Ce qui vous frappe le plus, c’est la minutie de la reconstitution, le souci et la pertinence du détail. Du sac de farine vintage aux illustrations pour enfant en passant par la caisse enregistreuse, tout est fait pour vous faire prendre conscience au mieux de ces conditions de vie. Au moment de payer votre billet, on vous demande d’où vous venez. Une des trois hôtesses présentes parle très bien le français et vous donne un livret traduisant les explications en finnois situées dans chaque pièce. Elles vous permettent d’encore mieux saisir la réalité ouvrière d’alors.

Mur d'une chambre d'enfant à Amuri (Tampere)

Cet aspect ouvrier ne fait pas de Tampere une ville souriante ou rayonnante comme peut l’être Turku. Voulant essayer une chaîne locale de restauration rapide (dont les hamburgers aspirent à sortir gagnants de la comparaison avec leur concurrent américain), vous vous êtes retrouvé, un peu avant la fermeture, le seul et dernier client d’un fast-food finlandais, ce qui est à peu près l’expérience la plus déprimante qui soit.

Début d'incendie vespéral à Tampere

Heureusement, le lendemain, vous trouvez mieux à faire : le parc de Pyynikki, au sud-est de la ville, vous offre une belle dernière matinée dans le pays avant que vous ne rejoigniez Helsinki puis Paris. Situé en bordure de l’un des deux lacs entre lesquels est bâtie la ville, ce parc permet de marcher le long d’une rangée de barques, et de constater, après Ségou et Ilha Grande, que le paysage intitulé “modestes embarcations au bord de l’eau” est une constante de vos voyages, ainsi qu’une source inépuisable de photos à cartes postales.

Au bord du lac Pyhäjärvi (Parc Pyynikki, Tampere)

Pour prendre un peu de hauteur, vous montez au sommet de la tour d’observation du parc et embrassez le paysage de Tampere fait de lacs, conifères et cheminées.

Vue de Tampere depuis la tour du parc Pyynikki

Ultime curiosité de ces pérégrinations, l’ancien quartier ouvrier de Pispala. Un air désuet y règne autour de ses maisons en bois, et les habitants semblent toujours adeptes d’une forme créative de système D. Comme dans tout quartier bohème qui se respecte, vous y croisez une coccinelle… la boucle est bouclée.

Dans le quartier de Pispala (Tampere)

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2 réponses à Finlande

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  2. Ping : Chili « Le syndrome de Stendhal

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