Australie

(Voyage réalisé du 24 avril au 6 mai 2010)

Vous trouverez une sélection de photos ici.

L’Australie est un pays où les gens semblent heureux. L’économie y est prospère (et ce malgré la crise), le soleil y est présent même en automne, et les conflits avec les minorités semblent sur la voie de l’apaisement, en particulier après le récent sorry aux Aborigènes et indigènes du détroit de Torres de la part de l’actuel Premier Ministre Kevin Rudd. Rien à voir avec l’Afrique du Sud, donc, par exemple. Mais cela n’empêche pas quelques point intéressants d’être relevés.

Le drapeau australien revu et corrigé par un artiste local

Antipodes

Cela a été vérifié lors de ce voyage, l’Océanie est réellement loin de l’Europe, aussi bien en termes de distance que de temps. Pour commencer, lorsque vous vous présentez au comptoir de votre compagnie aérienne, le steward vous demande si vous avez le visa électronique nécessaire pour vous rendre en Australie. Vous n’avez jamais entendu parler de ce visa et pensiez qu’entre pays civilisés et économiquement avancés, la libre circulation était acquise. Vous vous trompiez.

Une fois votre erreur réalisée, vous craignez que le temps requis pour gagner les terres australes soit encore plus long que prévu, alors que vous n’avez même pas encore décollé. Mais heureusement, vous pouvez vous procurer ce visa électronique à un comptoir tout proche, en quelques minutes à peine, et pour une somme modeste en comparaison d’autres destinations.

Mais ce n’était que le début des embûches. Vous décollez de Paris avec un retard de trois heures, atterrissez à Beijing, puis à Shanghai, avec ce même retard. A cet instant, deux illusions volent en éclat : celle qui vous faisait penser que trois heures dix entre deux avions étaient suffisantes pour avoir une correspondance, l’autre selon laquelle Shanghai ne serait qu’une rapide escale. Arrivé trop tard pour attraper le vol de Sydney, vous allez y passer la nuit.

Dans l'aéroport de Shanghai

Le lendemain, le vol ne sera pas direct pour Sydney, allongeant encore le temps de trajet. Et alors qu’à la fin de votre voyage, vous reviendrez en France avec une simple escale à Beijing, l’aller aura été tronçonné de la façon suivante : Paris-Beijing-Shanghai-Melbourne-Sydney. On n’approche les antipodes qu’à petits pas.

Tout ce processus vous aura fatigué, et en transit à Shanghai, alors que tout le monde autour de vous parle chinois, vous avez l’impression d’entendre des fragments de français. Les débuts de phrase, en particulier, jusqu’à ce que vous vous rendiez compte que ce n’est pas dans votre langue maternelle que les voyageurs s’expriment. Comme si votre cerveau, hors-service, ne pouvait accepter quoi que ce soit qui demanderait un effort, un traitement des données. Afin de minimiser son travail, il prend donc tout ce qu’il capte pour quelque chose de connu. Le phénomène continuera en Australie avec la captation de l’anglais local, celui-ci pouvant sonner parfois assez différemment de la langue parlée en Grande-Bretagne.

Statue de créature antipode au musée national de Canberra

La voile dévoilée

La ville la plus peuplée d’Australie occupe un site splendide, comparable à celui de Cape Town, et caractérisé par sa baie où trône l’Opéra, un des bâtiments les plus emblématiques du monde. Lors de votre premier jour dans la ville, après la visite de quelques beaux bâtiments tels que l’hôpital de Macquarie Street, cette rue vous conduit lentement vers le chef d’œuvre de Jørn Utzon. Vous surplombez le front de mer lors de cette approche, et votre premier contact avec l’Opéra est la vision lointaine d’une de ses voiles à travers les feuillages, alors que vous ne vous y attendiez pas. La confrontation de vos propres yeux avec une réalité que vous aviez vue maintes fois en photo, dessin, ou film, a quelque chose de grisant. Vous n’étiez pas uniquement venu pour lui, mais presque. Sa rencontre restera comme un des grands moments du syndrome de Stendhal.

The Sydney Opera House, plus menaçant que jamais

Sur une note plus prosaïque, les prix australiens étant particulièrement élevés, vous avez choisi pour ce voyage d’expérimenter les nuits en dortoir. Prendre une chambre individuelle, même en auberge de jeunesse, aurait fait exploser votre budget. La première nuit, alors que le décalage horaire vous retient éveillé dans ses fuseaux, des routards présents sur place depuis plus longue date n’ont pas de mal à trouver le sommeil. En particulier, un Anglais, qui dort dans le lit en-dessous du vôtre, ronfle à tout rompre, empêchant le reste de la pièce de trouver le sommeil. Mais alors que vous réussissez à mettre fin à ces vibrations par des coups d’oreillers subtilement administrés, le silence permet à un Allemand de s’endormir et de commencer à ronfler à son tour. Heureusement, la fatigue a finalement raison de vous.

Ah, tu verras Canberra

La capitale du pays, du fait de sa création de toutes pièces à l’intérieur des terres, n’en est pas la ville la plus amusante. Mais le fait qu’un Australien rencontré au Sénégal ait fait les gros yeux lorsque vous lui avez annoncé que votre parcours passerait par Canberra n’a fait qu’aiguiser votre curiosité quant à cette cité artificielle. Y rester quelques jours vous aura permis de faire des expériences instructives. Par contre, il ne faut pas forcément y rester beaucoup plus.

Arrêt de bus à Canberra

Vous commencez par l’Australian War Memorial, qui, avec un nom pareil, n’est pas l’endroit qui éveille en vous les plus hautes attentes. Tant mieux, car elles seront largement dépassées : par un heureux hasard, votre visite coïncide avec l’ANZAC Day, jour autour duquel des fleurs rouges ornent les murs intérieurs du mémorial. Toutes fausses qu’elles soient, le spectacle n’est en pas moins saisissant, puisque à cette décoration s’ajoutent les effets d’un soleil de fin d’après-midi d’automne : les ombres des arches de la galerie se projettent sur les noms des soldats morts au combat. Le résultat n’a rien à voir avec les images rébarbatives trouvées dans les guides.

L'Australian War Memorial

Motivé par le potentiel des visites institutionnelles, vous vous rendez le lendemain à la National Gallery of Australia. Canberra étant une ville étrangement déserte (ou du moins désertée des piétons), vous tentez d’arriver à l’heure pour une visite guidée, afin d’aller à la rencontre de la population locale. Votre désir de sociabilité ne réussit qu’à moitié, puisque à part vous et la guide, seul un couple de retraités tasmaniens se présente au point de rendez-vous. Mais qu’à cela ne tienne, ces beaux diables se montreront très sympathiques. La guide laissant le choix aux visiteurs des œuvres qui seront commentées, comme vous êtes venu “all the way from France”, il faut que voyiez un peu d’art australien, tout de même.

Et il est peu d’endroits en Australie où l’Hexagone est autant mis sur un piédestal que la galerie nationale de Canberra. Les artistes exposés, lorsqu’ils ne sont pas originaires de France (Cézanne, Monet, Derain…), y ont pour beaucoup étudié, travaillé, émigré, et cela est systématiquement précisé. Par ailleurs, la guide ne manque pas de préciser, dans un enthousiasme très anglo-saxon, qu’une exposition accueillant des chefs d’œuvres du Musée d’Orsay vient tout juste de se terminer, et que c’était parfaitement fabuleux. Chauvinisme mis à part, la National Gallery of Australia est un endroit remarquable, non seulement par la nature des œuvres qu’elle abrite, qu’elles soient européennes ou australiennes, mais aussi par la pédagogie de sa présentation. Elle rejoint en cela nombre de grands musées australiens, et sur ce point, c’est la France qui devrait tirer son inspiration.

Désireux de visiter de fond en comble tout ce que Canberra a à vous offrir, vous poussez la porte du Parlement d’Australie. Comme vous arrivez après la dernière visite guidée, un “self guided tour” vous est suggéré par le chargé d’accueil, dont vous ne savez pas s’il est légèrement moqueur ou simplement poli lorsqu’il vous tend la brochure destinée aux visiteurs. Après avoir admiré les salles des différentes chambres législatives et constaté encore une fois la dimension didactique de l’endroit, décidé à ne pas vous en laisser dire, vous vous mettez en quête de l’accès au toit de l’édifice, car vous avez lu qu’il était possible d’y monter. Retournant voir le guichetier, vous lui demandez des indications. Il vous aide mais vous informe qu’il ne vous reste plus que cinq minutes pour mettre votre plan en application.

Sur le toit de Parliament House

Après avoir emprunté un dédale de couloirs, vous parvenez à l’ascenseur qui mène à l’étage R (comme Roof), la subtilité étant qu’on ne peut pas y accéder à partir du rez-de-chaussée, mais uniquement depuis le premier étage. Vous passerez trois minutes au sommet du building avant sa fermeture. En redescendant, vous vous rendez compte qu’un mystérieux deuxième étage est indiqué, mais pas disponible depuis l’ascenseur. Le toit du Parlement, métaphore du sommet de l’Etat, auquel on ne peut avoir accès qu’en connaissant certains secrets et en déjouant les embûches placées sur votre chemin ? Toujours est-il que la visite autoguidée est complète, vous pouvez à présent regagner votre auberge de jeunesse.

Le jour suivant, au Canberra National Museum, vous avez l’impression de vivre un déjà vu : l’homme qui vous accueille vous demande d’où vous venez, et suite à votre réponse, son visage s’éclaire. Où habitez-vous ? Côté Louvre ou côté Saint-Germain ? Lorsque vous reprenez votre sac à dos au vestiaire : avez-vous goûté à la cuisine australienne ? Du kangourou ? La France est condamnée à être sans cesse confrontée à son mythe : tradition artistique, romantisme, cuisine raffinée… Cela est très flatteur, mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Comme vous n’avez pas forcément fui vers les antipodes pour qu’on vous reparle de l’endroit d’où vous venez, vous tentez de vous perdre encore plus dans une atmosphère internationale : Yarralumla, le quartier des ambassades. Le lieu, désert lui aussi, héberge une perle d’originalité : le bâtiment de la délégation de Papouasie-Nouvelle-Guinée. D’autres édifices tentent de parer leur architecture d’un caractère national, comme par exemple la Chine, l’Inde, et la Thaïlande.

Détail de la façade de l'ambassade de Papouasie-Nouvelle-Guinée

La magnifique

Un bus de nuit vous a conduit jusqu’à Melbourne. Pour vous requinquer, vous entrez dans le premier café venu, qui se trouve être au rez-de-chaussée d’un de ces immenses immeubles du quartier d’affaires. Vous buvez donc votre expresso au milieu d’une douzaine de cols blancs, attablés au même endroit (mais plus adeptes du latte que du short black) au son du Kids de MGMT. Alors que ce groupe est un de ceux que vous avez beaucoup écoutés trois ans auparavant et continuez à apprécier énormément comme modèle de créativité pop, il fait désormais partie de la musique portée au pinacle par les employés de banque trentenaires. Ironie du sort, le nom du groupe est l’abréviation de “The Management”. Et cerise sur le gâteau, c’est cette même chanson qui avait été utilisée sans autorisation par l’UMP lors d’un conseil national, valant un procès au parti. Vous avez l’impression de vivre du Bret Easton Ellis soft, et vous dites que dans la musique, finalement, chacun prend ce qui lui plaît.

Eglise Saint-Francis et gratte-ciel à Melbourne

Mais ce n’est pas forcément le genre d’expériences que vous souhaitez faire trois fois par jour, c’est pourquoi, après une matinée de visite, vous allez déjeuner chez Pellegrini’s, un restaurant italien à l’ambiance bien plus authentique. Après les yuppies du XXIe siècle, vous êtes plongé dans une atmosphère familiale limite XIXe, où, sans menu individuel en papier, les clients doivent choisir parmi des noms de plats gravés sur une grosse planche en bois accrochée au plafond. Pas de manières, on vous sert comme à la cantine, et au comptoir. Pour fêter ce retour de la convivialité, vous prenez un expresso, également afin que la digestion des abondants cannelloni ne vous plombe pas le reste de l’après-midi.

Bien vous en a pris, car vous atteignez les City Baths, magnifique bâtiment ouvert en 1860. Ces bains resteront comme l’un des édifices les plus charmants rencontrés en ville. Lorsqu’un Melburnian vous demande ce que vous avez vu et préféré, vous lui parlez de votre coup de coeur, mais il ne connaît pas cet endroit. L’avantage du touriste, lorsqu’il visite une ville, est qu’il porte sur elle un regard neuf, innocent, et va où le guide lui dit d’aller.

Les bains publics de Melbourne (City Baths)

Lors d’une promenade sur les rives de la Yarra, vous pénétrez par curiosité dans le Crown Entertainment Complex, dont la construction a coûté environ 1,7 milliard de dollars (américains). Dans l’atrium, c’est ambiance sombre, couleurs violettes et revêtements clinquants. Vous apercevez une boutique Prada, et Versace n’est pas loin. L’Italie vous semble soudain moins familière. Summum de l’atmosphère kitsch nouveau riche, la diffusion de musique classique pompeuse à l’intérieur du centre commercial. Vous n’y passez pas plus de deux minutes, dont une à essayer de filmer en vain les jets de fontaines ultramodernes.

Blancs secs à Adelaide

La capitale de l’Australie-Méridionale présente un cadre agréable et de nombreuses activités pour qui vient y passer quelques jours : South Australian Museum (qui confirme le bien que vous pensez de l’art papouan-néo-guinéen), jardin botanique, arcades de Rundle Mall, Art Gallery of South Australia… L’atmosphère y est plus provinciale et les gratte-ciels moins présents qu’à Melbourne. C’est également un endroit plaisant pour goûter aux nombreux vins australiens, qui n’ont pas à rougir face à la concurrence.

Hindley Street à Adelaide

Le premier soir, comme vous apprenez que la cuisine de votre auberge de jeunesse ferme à 22 h, vous vous dépêchez de vous y préparer à dîner. Mais un peu de sursis semble être donné aux convives, et la cuisine ne ferme pas à l’heure pile. Le lendemain matin, vous êtes sur le pied de guerre pour visiter le South Australian Museum, qui ouvre à 10 h. Les employés ne paraissent pas se presser, et une demi-heure après votre arrivée aux portes du musée, il ouvre enfin. Vous râlez intérieurement contre le manque de ponctualité des institutions publiques. Le soir, vous constatez sur l’écran de télévision de l’auberge de jeunesse (et vous n’en croyez pas vos yeux) que l’heure locale est en réalité en décalage de trente minutes par rapport à celle de Melbourne (située plus à l’est), et à laquelle votre montre était restée. Il vous aura fallu deux jours pour vous en apercevoir. Mais vous avez découvert les décalages horaires non entiers, dont vous soupçonniez à peine l’existence. Vous n’êtes pas venu pour rien, le voyage peut à présent s’achever.

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