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Spécificité
Le Mali se trouve à la rencontre entre l’Afrique du Nord et l’Afrique Noire, et semble avoir pris le meilleur des deux mondes. A 85% musulman, le pays conserve toutefois certaines populations et traditions animistes. Le raffinement arabe se conjugue au mystère des esprits et des fétiches pour produire quelque chose d’unique. Les mosquées ne ressemblent en rien à celles d’Istanbul ou même de Marrakech. Et on dit qu’un Dogon ne peut pas être à 100% musulman…
Par ailleurs, le Mali a une tradition culturelle très riche, notamment en matière de musique. Citons par exemple le Super Biton de Ségou, Salif Keita, Toumani Diabaté et sa kora. Bamako accueille une Biennale africaine de la photographie, exposition de grande envergure. Dernier exemple avec le cinéaste Souleymane Cissé, qui a été primé à un niveau international et en particulier au festival de Cannes.
Ces différents facteurs contribuent à faire du Mali une terre exceptionnelle, à forte identité et fort pouvoir de fascination.
Super banco
Un des éléments les plus frappants de l’identité malienne est l’architecture en terre. Ce matériau est utilisé, cru, pour fabriquer des briques, le résultat étant dénommé banco.
Le site de Ségou Koro présente un très bel exemple de ce procédé, avec des façades de couleur rouge et quatre mosquées de styles différents. Situé à une quinzaine de kilomètres de la ville actuelle de Ségou, ce lieu est à mi-chemin entre une ville fantôme au glorieux passé et un paisible village au bord du fleuve Niger.
Le plus impressionnant spécimen de construction en banco demeure à titre personnel la mosquée de Djenné. Ses dimensions de 75 m x 75 m en feraient le plus grand édifice en terre du monde. Le reste de la ville est également construit en banco, ce qui lui donne une unité architecturale très poussée. Le fait que de la terre soit utilisée comme matériau crée en outre une impression de continuité entre le sol et les habitations, comme si elles en étaient le prolongement naturel. Cette originalité confère à Djenné un caractère unique au monde, qui n’a pas échappé à l’Unesco.
Un pays fleuve
Par son nom déjà, “hippopotame” en bambara, soit un des animaux les plus représentatifs du fleuve, le Mali montre son attachement au cours d’eau qui le traverse : le Niger. En plus de sa force économique, il est un élément apaisant et continu dans le paysage malien (il coule notamment à Bamako, Ségou, Mopti, Tombouctou et Gao).
A Bamako, ville polluée, grouillante, cacophonique, franchir l’un des deux ponts qui surplombent le Niger permet de s’extraire de l’atmosphère urbaine parfois pesante.
Djenné est située sur une île enserrée par deux bras du Bani, un affluent du Niger. La ville elle-même, terreuse, parfois sordide avec ses égoûts à ciel ouvert, est entourée par un mur d’enceinte qui cache la vue sur le fleuve. Par endroits, ce mur présente des ouvertures qui laissent le regard vagabonder vers l’étendue aquatique qui s’offre au loin, et jouent le rôle de soupapes tant visuelles qu’auditives, puisqu’une fois l’enceinte passée, c’est le calme paradisiaque en comparaison de l’atmosphère concentrée de Djenné intra muros.
A Ségou Koro, le fleuve participe au côté mythique du lieu. Le fondateur de la vieille ville aurait négocié sa prospérité avec des sirènes issues du Niger.
Le pays dogon
Cette région située à proximité de la falaise de Bandiagara est un monde à part. Comme si les lois habituelles, qu’elles soient institutionnelles, sociales ou architecturales, ne s’appliquaient plus. Il ne sera pas fait ici d’explication exhaustive du fonctionnement de la société dogon, ses légendes, ses règles ou sa cosmogonie. Vous pourrez commencer par lire l’article Wikipédia, où l’on apprend par exemple que “Robert KG Temple n’hésite pas à affirmer que les Dogons tiennent leur savoir ancestral des suites de la visite chez eux d’extraterrestres amphibiens venus de Sirius”.
Voici donc quelques faits marquants constatés sur place :
Même si certains se ressemblent, les différents villages du pays dogon présentent des allures variées. Constructions à dominante rectangulaire pour Téli, arrondie pour Niongono… il serait à peine exagéré de dire que chaque localité a développé son propre style architectural. Ceci vaut également pour les mosquées, dont beaucoup sont de type soudanais, comme à Djenné, mais dont la forme particulière est unique à chaque village.
De nombreux Maliens vous diront que lorsque vous vous rendez au pays dogon, il faut amener avec vous des noix de kola. Fruits du kolatier, elles furent utilisées à l’origine dans ce qui allait devenir une boisson bien connue. Et leurs propriétés stimulantes et antidépressives font d’elles un bien très apprécié localement. On vous dit ainsi que pour ne pas encourager la mendicité (c’est-à-dire ne pas donner d’argent en tant que tel), mais pour tout de même faciliter les relations visiteurs-autochtones, il est judicieux d’en prendre environ un kilo par journée passée au pays dogon, et d’en distribuer aux personnes âgées, qui ne se privent d’ailleurs pas pour vous en demander. Si vous désirez participer au folklore local, vous pouvez obtempérer, quitte à vous croire à certains moments dans un jeu vidéo où il faut utiliser la bonne ressource pour vous débarasser des “ennemis” vous barrant la route. Le deuxième jour, accompagné par un guide différent, qui aura un regard plus critique sur l’exploitation locale du tourisme, vous pourrez très bien faire sans, comme par miracle. A noter que certains villages demandent des taxes touristiques de l’ordre de quelques milliers de francs CFA (quelques euros), peut-être censées faciliter elles aussi (et clarifier ?) les rapports entre les étrangers et les populations locales.
Les Dogons ne sont pas pour autant arc-boutés sur leur organisation ancestrale et leurs mystères. Des associations faisant découvrir la culture locale existent, et leurs intervenants sont invités, par exemple, à donner des conférences en France. Par ailleurs, il est également possible (et surprenant de prime abord) de voir un ordinateur dans un village dogon, et ce notamment pour des besoins de recensement et immatriculation de la population. Enfin, de nombreux projets existent pour donner aux habitants de meilleures conditions de vie en matière d’agriculture, de développement économique et d’éducation. Ainsi, il n’est pas rare de constater la présence d’une école au beau milieu d’un paysage désertique.
Démêler le vrai du faux
Lors de votre première visite au Mali, il sera important de faire la part des choses pour améliorer vos relations avec les habitants, faux guides et autres personnes charmantes. Voici trois études de cas pour vous aider dans votre périple.
Cas n°1, simple mais pourtant déroutant pour le novice
Vous vous rendez au musée national de Bamako et tombez sur une personne (ou plutôt elle vous tombe dessus) qui tient à vous guider à l’intérieur du musée et plus si affinités. Devant votre air méfiant d’Européen qui ne veut pas se faire arnaquer par un faux guide dès son premier jour, votre homme vous tient un discours sur les relations entre l’Afrique et l’Europe, sur le fait que nous sommes tous frères, quelle que soit la couleur de peau, et qu’on apprend aux touristes à être trop méfiants. Vous faites le tour du musée, dites que vous voulez le visiter seul. Vous vous attardez sur les photographies, les textiles, mais lorsque vous sortez, l’individu est toujours là et vous accompagne jusqu’à la maison des artisans où vous montrez votre intérêt pour une petite kora. L’homme n’est absolument pas artisan mais vous concluez avec lui un accord : avec une avance que vous lui donnez dès à présent, il va vous confectionner une housse pour votre instrument de musique, mais comme vous ne voulez pas transporter celui-ci tout au long de votre voyage, vous convenez de le rappeler lorsque vous reviendrez à Bamako afin de prendre la housse, la kora, et de finir de le régler. Tout ceci vous semble normal.
FAUX : ne jamais donner d’argent sans partir avec l’objet. Vous apprenez plus tard que l’individu est un drogué et qu’il a déjà fait de la prison. Même si vous le revoyez à votre retour à Bamako, vous ne reverrez ni la kora ni sa housse, et encore moins l’avance que vous lui aviez donnée. Qu’est-ce que vous croyiez ?
Cas n°2, niveau avancé
Acte I. Vous arrivez à Mopti avec un gros sac de randonnée sur le dos. Au seul restaurant de la ville conseillé par votre guide, il n’y a évidemment que des Français, mais aussi bien sûr une armada de vendeurs, guides et charlatans en tout genre. Un jeune homme essaie de sympathiser avec vous. Il apprend que vous allez bientôt au pays dogon, il se propose donc de vous vendre un demi kilo de noix de kola. Vous avez en tête le prix de 500 francs CFA indiqué par certains ouvrages, mais vous savez que c’est une somme que l’on ne peut atteindre que lorsqu’on a un certain degré d’expérience dans le marchandage. Alors, comme le jeune homme a commencé à 5000 CFA pour le demi kilo, vous topez là lorsqu’il accepte de vous le vendre à 1350. Vous êtes vous même étonné d’avoir autant fait baisser le prix, et votre interlocuteur est déçu de ne pas avoir pu vous délester davantage. Il propose alors de vous ramener à moto jusqu’à votre hôtel qui se trouve à une dizaine de kilomètres de là, et ce, pour 8000 CFA. Ce prix est exorbitant, à un point inimaginable. Perplexe, vous coupez court et dites que vous allez vous débrouiler autrement. Le jeune homme s’offusque, dit que vous l’avez offensé en lui achetant sa marchandise à bas prix et en refusant ses services. Vous culpabilisez, car votre interlocuteur vous a fait sentir que vous n’êtes ici que pour exploiter l’Afrique et les Africains. Pourtant, vous ne voyez pas ce que vous avez fait de mal à part essayer de ne pas vous faire arnaquer.
VRAI : l’exploiteur n’est pas forcément celui qu’on croit.
Acte II. Après avoir assisté à la scène, un autre habitant de Mopti vient vous voir et vous dit que le premier homme vous a raconté des mensonges. Il vous a vendu des noix de kola à un prix exorbitant, et le tarif qu’il vous donnait pour la course à moto, n’en parlons même pas. Vous êtes étonné devant tant de bienveillance, d’honnêteté, et trouvez ça presque bien que certains Maliens se débinent entre eux, si c’est pour faire éclater la vérité. En confiance avec votre nouvel interlocuteur, avec qui vous vous sentez uni dans votre croisade pour démêler le vrai du faux, vous lui demandez où vous pouvez trouver des cartes postales. Cette question donne lieu à une longue et pénible explication burlesque sur ce qu’est une carte postale. Une carte routière ? Non. Une carte téléphonique ? Non plus. Vous n’êtes décidément qu’un touriste, vous ne vous ferez jamais aux moeurs locales. Ici, personne n’envoie de cartes postales. Mais à la cinquième boutique, vous en trouvez et, toujours accompagné par le deuxième homme, vous regagnez la gare routière pour revenir à votre hôtel en transports publics (prix du trajet : 275 francs CFA). Vous remerciez l’individu, content d’avoir pu établir un contact honnête et détaché de toute implication financière.
FAUX : l’homme fait un scandale, prétend que vous devez lui donner quelque chose pour les services qu’il vous a rendus. Très calme au moment de vous rencontrer, il fulmine à présent, et même s’il menace d’arrêter votre bus tant que vous ne lui avez pas donné d’argent, le véhicule démarre, il était moins une, et vous sombrez dans la perplexité.
Cas n°3, le plus désarmant de tous
Le bus Ségou-Mopti vous a laissé à un carrefour où vous devez attendre que le prochain taxi-brousse veuille bien vous emmener jusqu’à Djenné. En rade comme vous à ce carrefour, un homme a crevé la roue arrière de sa moto et attend qu’on change sa chambre à air. Il commence à parler avec vous, vous indique qu’il est instituteur à Djenné, et même directeur d’école. Il propose de vous faire visiter la ville gratuitement dès le lendemain, et de vous inviter à manger chez lui. Le soir même, il vous rend visite à votre hôtel, vous commencez à faire un peu plus connaissance et convenez d’un emploi du temps pour le lendemain. La visite de la ville est très intéressante, le directeur vous présente son école, les professeurs, les élèves, les programmes. Vous déjeunez chez lui, en compagnie de sa femme, et à la malienne, c’est-à-dire avec les doigts et tous dans le même plat. L’homme vous emmène chez un ami, qui vous accueille à bras ouverts, pour boire le thé à la menthe. L’après-midi, vous visitez la ville seul, et le soir, on vient vous chercher à moto pour le dîner alors que vous avez tenté de rendre la politesse en proposant une invitation au restaurant de l’hôtel par exemple, mais en vain. L’hospitalité malienne a raison de vous. Vous goûtez alors du mil pour la première fois et buvez du thé à la menthe chez le même ami avant de dire au revoir à tout le monde, non sans avoir pris quelques contacts pour continuer à communiquer après votre départ.
Vous ne savez pas comment montrer votre reconnaissance, vous êtes abasourdi par tant de gentillesse et de générosité.
VRAI : les honnêtes gens existent, il ne faut pas être constamment méfiant.
Art(isanat) de la débrouille
De nombreuses enseignes sont peintes à la main et non imprimées de façon automatisée comme on a l’habitude de voir en France, par exemple. Ce phénomène donne à ces affichages un côté artisanal, charmant et drôle à la fois. On se sent plus proche du commerçant, qui devient à cette occasion un personnage créatif et plein d’humour. Les boutiques ne disposant pas des documents officiels pour effectuer la promotion des marques qu’elles vendent, elles sont contraintes d’imiter les logos en les reproduisant à la main. Le résultat, qui ressemble à de la contrefaçon sans en être vraiment, est saisissant, comme ici pour du matériel photographique ou là pour du fromage fondu.
La peinture à la main existe également pour des organismes de l’Etat, comme le montre la réalisation ci-dessous :

De la même manière, la calebasse sert d’arrosoir ou de caisse de résonance pour la kora. Les cordes de cet instrument sont d’ailleurs constituées de fil de pêche, et cet assemblage de bric et de broc ne l’empêche pas d’avoir un son majestueux.
Transports
Si vous pensiez parcourir le Mali en train, c’est raté. Sauf si vous souhaitez faire le trajet Bamako-Kayes. Pour le reste, il va vous falloir emprunter les transports collectifs routiers, et ce n’est pas plus mal, car ils font aussi découvrir le pays dans certains de ses aspects typiques.
Plusieurs compagnies (Bittar, Bani, Somatra…) se partagent le marché des trajets d’assez longue distance (plusieurs centaines de kilomètres) entre les villes importantes du Mali : Bamako, Ségou, Mopti-Sévaré… Les prix ne sont pas excessifs, il faut compter grossièrement 1000 francs CFA (1€50) pour 100 km. Le chauffeur s’arrête souvent pour prendre et déposer des passagers, et presque à chaque station, des vendeurs montent dans le bus avec des boissons, gâteaux, fruits, cartes téléphoniques… Ce sont souvent des enfants ou des adolescents, et il n’est pas rare d’en voir une demi-douzaine proposant exactement le même type de gâteaux, très bons au demeurant. Le ballet des vendeurs et des assistants du chauffeur, sortant par une porte et rentrant par une autre alors que le bus est en marche, peut égayer une longue route. Avec un peu de chance, vous voyagerez avec des chèvres dans la soute et des poules à bord. A noter que les bus partent rarement à l’heure à laquelle ils sont indiqués, et que le trajet de Mopti-Sévaré jusqu’à Bamako prend la journée, on part vers 7-8h et arrive douze heures après. Si volumineux que soient les véhicules, les conducteurs sont aguerris et les voyages se passent généralement sans heurts.
Pour les trajets plus courts (quelques dizaines de kilomètres), les taxis-brousse entrent dans la danse. Sortes de camionnettes où une quinzaine de personnes sont assises à l’arrière, elles sont bien moins confortables que les bus, mais font l’affaire puisque la route n’est jamais vraiment très longue. On ne part que quand toutes les places sont prises, ce qui là encore peut faire attendre une heure ou plus.
C’est à Ségou que vous pourrez faire la connaissance des tricycles-mobylettes, ou motos-taxis. Moyen économique (quelques centaines francs CFA) pour se déplacer à l’intérieur de la ville, ils ne vous empêcheront pas de converser avec votre chauffeur depuis votre cabine surplombant sa demi-mobylette. A Bamako, les bus verts collectifs sont également bon marché.
Les taxis classiques, jaunes, vous coûteront environ 1000 francs CFA (1€50) pour une course moyenne. Même si le prix “officiel” pour relier Bamako et son aéroport est de 7000 francs CFA, il est possible de s’indigner et de faire baisser le prix à 4000. NB : le tarif se négocie avant le départ.
Langues
La langue officielle du Mali est le Français. Il est parlé et compris par une grande majorité d’habitants, et où qu’on aille, on peut normalement toujours s’en sortir avec cet idiome. Mais ce n’est pas forcément la langue la plus utilisée à l’oral. On se parle souvent en langue bambara, comprise par près de 80% des Maliens (alors que l’ethnie ne représente que 35% de la population). Le Bambara, qui est l’appellation française, s’auto-désigne bamana, et parle le bamanankan. En fonction de l’ethnie de votre interlocuteur, vous pourrez lui parler fulfuldé s’il est peul et que vous maîtrisez aussi cette langue. A l’école Sory Thiocary à Djenné (dont l’âge des élèves correspond à l’école élémentaire française), c’est par exemple la langue dans laquelle certains cours sont dispensés, en parallèle avec des cours dans la langue officielle.
Il n’est donc pas rare qu’un Malien parle trois langues : le français, le bambara, et la langue de son ethnie s’il n’est pas bambara, par exemple le dogon autour de Bandiagara. Dans cette région, on peut arriver à une situation paradoxale où les habitants ne parlent pas la langue officielle du pays, certains autochtones ne parlant que le dogon, et éventuellement le bambara. Ils connaissent toutefois le mot “merci”, utile lorsqu’un visiteur leur offre une noix de kola.
Le français parlé au Mali présente pour l’habitant de la métropole un charme suranné ainsi que la surprise de créations locales. Ainsi, vous pourrez passer une partie du séjour à vous demander à quoi correspond le “petit soir”, expression répandue au Mali. Il s’avère que cette plage s’étend d’environ 16h jusqu’au crépuscule.












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