Berlin

(Voyage réalisé du 8 au 22 septembre 2009)

Vous trouverez une sélection de photos ici.

NB : Ces notes ne sont en aucun cas un compte-rendu exhaustif du séjour. Elles ne constituent pas non plus un “carnet de voyage” au sens chronologique du terme. Elles sont volontairement sélectives, mettant en lumière des phénomènes marquants, avec un accent sur certaines différences entre Paris et Berlin, l’effet de la ville sur le visiteur, et quelques considérations architecturales de bas étage.

Immenses musées

A Berlin, l’entrée des musées est relativement onéreuse (10€ pour le Pergamon Museum ou la Neue Nationalgalerie, par exemple), mais on en a pour son argent : ils sont gigantesques. Il peut donc s’ensuivre une double insatisfaction : celle d’avoir payé cher son ticket, et, par ailleurs, de ne pas pouvoir tout voir en une fois. La Gemäldegalerie (pinacothèque) a une entrée à 8€ et dispose d’une collection extrêmement riche (il y a environ soixante-dix salles à visiter). On peut facilement y passer la journée si on désire consacrer un minimum d’attention à chaque tableau. Ou alors, y entrer deux heures avant l’ouverture et finir par courir au milieu des vingt dernières salles dans le quart d’heure précédant la fermeture, pour s’assurer qu’aucun chef d’œuvre ne s’y cache.

Il en est de même pour le Zoologischer Garten : le billet est à 12€ (vous pouvez choisir entre le zoo et l’aquarium, et le billet combiné est à 18€), et avant que vous n’ayez pu voir les hippopotames tant attendus, vous avez déjà marché des kilomètres devant les tapirs, les gorilles et les éléphants. Le zoo est vraiment extraordinaire : vous y découvrirez des animaux dont vous n’aviez même pas conscience de l’existence, chaînons que vous croyiez manquants entre diverses espèces de mammifères.

Les hippopotames du Zoologischer Garten

Les hippopotames du Zoologischer Garten

Belle exception pour le portefeuille : le Musikinstrumenten Museum, dont l’entrée est à 4€, et qui est tout aussi exceptionnel que les endroits cités plus haut. Outre les magnifiques pièces, à la fois du point de vue de l’histoire des instruments de musique et pour leur aspect splendide, le summum de la visite est la démonstration d’un immense orgue Wurlitzer. Appelé Kinoorgel, cette machine de guerre à quatre claviers superposés et un nombre impressionnant de boutons colorés à tirer, pousser, de pédales à actionner, servait à l’époque du cinéma muet à sonoriser les films sur le lieu de leur projection. C’est un instrument très polyvalent, car en plus de sons d’orgue qu’il génère, des mécanismes ingénieux permettent d’actionner des cymbales, des xylophones, de faire retentir des sonneries, naître des bruits d’oiseaux…

Si vous voulez faire des économies, le Hamburger Bahnhof est gratuit le jeudi de 14h à 18h, et de nombreux autres musées nationaux sont ouverts et gratuits le jeudi de 18h et 22h.

Dernier point budgétaire : souvent, et dans les musées en particulier, les toilettes sont payantes (30c). Par contre, les vestiaires sont systématiquement gratuits (et quasi-obligatoires).

Verte et vide

Verte, car les arbres et les parcs sont omniprésents à Berlin. C’est très agréable, ça ajoute à la qualité de la vie, et à côté de ça, Paris est vraiment grise. Citons le Tiergarten, le zoo, le parc de Charlottenburg, le Viktoriapark…

Dans un sous-bois du Tiergarten

Dans un sous-bois du Tiergarten

Vide, car la densité de population y est 5 à 6 fois moins importante qu’à Paris. Vous pouvez vous y balader à vélo le dimanche avec une espérance de vie supérieure à un quart d’heure : vous serez très peu importuné par les voitures (ou les piétons).

The time traveler

Ce n’est pas spécifique à Berlin, mais lorsque vous voyagez dans l’espace, presque nécessairement, vous voyagez aussi dans le temps. En même temps que vous visitez un lieu, vous êtes confronté à son histoire. Et c’est peut-être plus vrai à Berlin qu’ailleurs (les Etats-Unis par exemple) dans la mesure où l’histoire de cette ville est très riche. Que vous marchiez le long du mur aux endroits où il est encore intact, dégustiez une viennoiserie dans l’Operncafé sur Unter den Linden, ou aperceviez les ruines d’un couvent franciscain, vous allez être projeté plusieurs années, décennies ou siècles en arrière.

Mais d’autres phénomènes rendent le rapport au passé un peu plus complexe. Déjà, il n’est pas rare de voir dans un même endroit des constructions issues d’époques différentes et ayant par conséquent des styles disparates. Ce phénomène est certes présent ailleurs, par exemple à Paris avec la pyramide du Louvre, mais à Berlin c’est très fréquent, et dans l’ensemble assez réussi. On ne sait pas très bien si c’est un refus aventureux mais volontaire d’une homogénéité stylistique qui est à l’origine de ce phénomène, ou simplement la nécessité pour les Berlinois d’associer dans un même lieu des bâtiments qu’il fallait (re)construire, et donc plus récents, à des splendeurs d’époques révolues qui ont survécu aux destructions. Quoi qu’il en soit, des endroits comme le Zeughaus (arsenal, qui abrite le musée d’histoire allemande) associe un bâtiment baroque avec un escalier de verre en colimaçon (conçu justement par Ieoh Ming Pei). De même, le Kaisersaal, partie d’un édifice construit sous Guillaume II, a été intégré au moderne Sony Center d’Helmut Jahn. Non loin, l’église St. Matthäus qui date du milieu du XIXème siècle, fait partie du Kulturforum, ensemble culturel comprenant des constructions de Hans Scharoun et Ludwig Mies van der Rohe (années 1950-1960). La Kaiser-Wilhelm-Gedächtnis-Kirche est un des exemples les plus frappants de ce téléscopage des époques : une tour hexagonale et une église octogonale datant de la fin des années 1950 encadrent une église érigée dans les années 1890, partiellement détruite en 1943, et dont seule la flèche endommagée a été (volontairement) gardée. Ce phénomène peut être également présent au sein du même bâtiment : le Reichstag, avec le dôme en verre de Norman Foster (fin des années 1990) qui vient coiffer un édifice de la fin du XIXème siècle.

Le Reichstag

Le Reichstag

On peut aussi faire l’expérience de cette juxtaposition de styles dans des lieux comme le parc Sanssouci à Potsdam : palais rococo, maison de thé chinoise, basilique italienne, palais néo-classique, bains romains, même si ces constructions, bien que d’apparences très différentes, ont pu pour certaines être bâties à la même époque. La mode était alors aux “folies”, pavillons construits dans les parcs et jardins dans un style exotique ou anachronique. Le jardin du château de Charlottenburg vaut également le détour, avec son pavillon inspiré d’une villa napolitaine, son temple dorique et son belvédère entre baroque et néo-classique. Autre association d’architectures variées, également à mettre sur le compte de la folie, la Pfaueninsel (île aux paons) sur le lac de Wannsee. Au moins trois des constructions vous font réaliser un double bond dans le temps : le Schloss, la Jakobsbrunnen et la Meierei, tous conçus dès le départ comme des ruines. Le premier a l’apparence d’un vestige de château romantique, la deuxième ressemble à une fontaine antique partiellement détruite, et la dernière avait une fonction de laiterie derrière sa façade d’abbaye médiévale abîmée par le passé. Quand vous êtes confronté à ces édifices, non seulement vous vous imaginez à l’époque des souverains qui les ont commandés (fin du XVIIIème et XIXème siècle), mais vous êtes également replongé par rebond dans le Moyen Âge ou l’Antiquité.

Maison de thé chinoise dans le parc de Sanssouci à Potsdam

Maison de thé chinoise dans le parc de Sanssouci à Potsdam

Brassage de fonctions

A Berlin, nombreux sont les lieux qui changent de fonction au cours du temps. Le Hamburger Bahnhof, gare qui menait au port d’Hambourg, a abrité un temps le musée des transports pour devenir par la suite un musée d’art contemporain impressionnant. Le Tacheles, dans le quartier des granges, est un ancien grand magasin transformé en centre culturel. Autres lieux ayant connu ce sort, tous deux situés dans le quartier de Prenzlauer Berg : les brasseries Schultheiss (qui s’est muée en Kulturbrauerei) et Pfefferberg (également complexe culturel aujourd’hui). Quant à l’aéroport de Tempelhof, il a cessé de fonctionner fin 2008 et sera reconverti en parc.

Une des curiosités du Tacheles

Une des curiosités du Tacheles

Ces transformations contribuent à l’impression de richesse culturelle et historique qui se dégage lorsqu’on visite Berlin : un peu à la manière du rebond dans les époques qui peut survenir à la vision de certains édifices, c’est une densité et un relief qui se créent quand on prend conscience des étapes fonctionnelles par lesquelles sont passés ces lieux de Berlin.

Une architecture récente

L’architecture berlinoise, outre le fait qu’elle juxtapose les époques, est très riche en bâtiments construits après 1989. Certaines parties (de l’ex Berlin-Est, en particulier) avaient été laissées en friche, et à la chute du mur, la ville est devenue un grand chantier. La Potsdamer Platz est un exemple frappant de cette modernité. Les Galeries Lafayette (Jean Nouvel), le musée juif (Daniel Libeskind), le monument commémoratif de l’holocauste (Peter Eisenmann) ou le Quartier Schützenstrasse (Aldo Rossi) en sont d’autres manifestations. Le fait que Berlin soit redevenue capitale n’a fait qu’amplifier ce phénomène : Ruban fédéral (nouveau quartier gouvernemental), sièges des grands partis et ambassades sont autant de bâtiments érigés ces vingt dernières années.

La Chancellerie

La Chancellerie

Petite note sur la Karl-Marx-Allee : dénommée Stalin-Allee jusqu’en 1961, cette longue avenue est un des restes les plus évidents de la période communiste. Suite à la volonté des autorités de l’époque de construire des logements en centre-ville, des immeubles semblent bâtis à l’identique sur plusieurs kilomètres.

Briques rouges, briques jaunes

La France n’est pas vraiment la patrie des briques. On en croise çà et là, et elles nous évoquent vaguement une architecture industrielle, mais sachez qu’à Berlin, c’est un peu Saint-Jean-de-Montmartre à tous les coins de rue : Rotes Rathaus, Friedrichswerdersche Kirche, église Saint-Thomas à Kreuzberg et Oberbaumbrücke en sont quelques exemples. Le summum de l’exotisme étant la brique jaune, lumineuse et quasi hautaine : Postfuhramt, Künstlerhaus Bethanien, Kulturbrauerei… il y a largement de quoi impressionner le novice.

Friedrichswerdersche Kirche

Friedrichswerdersche Kirche

Merveilles cachées

A Berlin, il y a les poids lourds des visites : la Kaiser-Wilhelm-Gedächtnis-Kirche, le Reichstag, le musée juif, ces lieux considérés comme incontournables. Il y a des lieux qui semblent moins importants, mais tout de même dignes d’intérêt, et qui n’ont que deux étoiles dans les guides. Ceux-là, de par leur aspect intermédiaire mais tout de même un peu obligatoire, ne sont pas toujours à la hauteur et peuvent causer une certaine déception. Et puis, il y a les petits endroits qui sont mentionnés à demi-mot, faisant l’objet d’un encart mais pas toujours d’une étoile, à visiter si vous avez un quart d’heure à perdre entre deux mastodontes. Sachez qu’à Berlin, ces curiosités sont assez exceptionnelles, et qu’elles apportent au visiteur une satisfaction qui peut égaler voire dépasser celle procurée par les incontournables, déjà par leur beauté, mais aussi par leur aspect caché et négligé. Il ne tient qu’à vous de les réhabiliter.

Commençons par l’église Saint-Boniface et le quartier d’habitation qui l’accompagne. Cette curiosité souffre de la proximité immédiate du Riehmers Hofgarten, ensemble résidentiel construit à la fin du XIXème siècle devant lequel se pâment les guides de voyage. Mais si, sur un coup de tête, vous entrez dans la cour intérieure non pas au 86 mais au 88 de Yorckstrasse, vous découvrirez un complexe néo-gothique (en briques rouges !) d’autant plus frappant que vous étiez venu pour admirer des façades néo-Renaissance.

L'église Saint-Boniface à Kreuzberg

L'église Saint-Boniface à Kreuzberg

Deuxième exemple, l’Anhalter Bahnhof (qui fut la plus grande gare de Berlin et la deuxième d’Europe), passé sous silence dans certains guides, dont on lit dans d’autres qu’il ne reste plus qu’un fragment, et dont sans photo, il est difficile de s’imaginer si le déplacement vaut la peine. Mais quel fragment ! Et quel bonheur de tomber dessus alors que ce n’était pas prévu au départ. Une élégante construction (en briques jaunes !) agrémentée d’arcades, de statues… le bâtiment entier devait être splendide.

Dernière illustration de curiosité oubliée fantastique (et il doit y en avoir encore d’autres du même acabit) : l’intérieur du Stadtgericht (tribunal municipal), qui renferme un escalier Jugendstil assez époustouflant. L’endroit est loin d’être considéré comme un must dans la littérature touristique berlinoise. Et on est accueilli dans ce lieu (il semble encore avoir une fonction administrative) de façon assez abrupte par la gardienne qui vous demande ce que vous voulez. Il suffit de dire “simplement regarder”, et c’est le sésame pour pénétrer dans ce décor de conte de fées. Les balcons en fer forgé recouvert de blanc sont très ouvragés. Les quatre étages donnent une impression à la fois monumentale et gracieuse. L’endroit est peu fréquenté, ce qui est pratique pour prendre des photos de ce qui peut devenir comme un de vos incontournables personnels de Berlin.

Schinkel : un esthète touche-à-tout

En préparant votre voyage, vous avez lu qu’il était étonnant que le Pergamon Museum n’ait pas été conçu par Karl Friedrich Schinkel, au vu du nombre impressionnant d’édifices que ce dernier a conçus à Berlin. Étrange premier contact, en creux. Sa présence plane-t-elle à ce point sur la ville ? Une fois sur place, vous vous rendez compte qu’il a été l’architecte de la Neue Wache, l’Altes Museum, la Friedrichswerdersche Kirche à Berlin, le château de Charlottenhof à Potsdam, la Kavalierhaus sur l’île aux paons, pour ne citer que quelques bâtiments. En vous renseignant un peu, vous apprenez que Schinkel est non seulement considéré comme l’architecte prussien le plus important du XIXème siècle, mais qu’il a également excellé dans la peinture, les décors de théâtre, le mobilier…

Exemples de décors de théâtre réalisés par Schinkel

Exemples de décors de théâtre réalisés par Schinkel

C’est un personnage assez fascinant, et tant qu’on n’a pas lu toute la littérature disponible sur son oeuvre, on a l’impression d’en apprendre constamment à son sujet. Un détail de ses réalisations est par exemple la confection de dioramas, scènes animées par l’utilisation d’un fond en deux dimensions et d’effets de lumière, donnant l’illusion de la réalité. C’est un peu l’ancêtre du dessin animé, il peut paraître étonnant qu’un architecte se lance également dans ce genre d’activité, mais c’est de cette façon qu’il a rencontré la famille royale et qu’a débuté sa collaboration avec les souverains de l’époque.

Et on peut ne pas aimer le style néo-classique, Schinkel n’en reste pas moins un créateur dont le talent et l’hyperactivité impressionnent. Alors que le directeur du théâtre de Gendarmenmarkt n’avait cure du désir de l’architecte de concevoir des décors, celui-ci poursuivait ses tentatives. Et lorsque le nouveau directeur rendit possible une collaboration, il réalisa plus de cent vingt perspectives, mais sans être payé. Pour le projet de la Friedrichswerdersche Kirche, il proposa quatre projets différents. Il imagina également un palais royal sur l’Acropole, un château sur les rives de la Mer noire, ainsi que d’autres plans jamais réalisés, les visions de Schinkel dépassant souvent largement le budget des commanditaires.

3 Commentaires

Classé dans Notes de voyage

3 réponses à Berlin

  1. J’aime bien la photo des hippopotames, on dirait des extraterrestres qui remontent dans leur soucoupe volante !

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